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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 23:28

 

      "Symphonie déconcertante"  est le dernier titre décidé pour

mon prochain roman. Etant donné qu'il s'agit d'un fiasco amoureux

tragi-comique sur toile de fond symphonique, j'avais pensé le

titrer : "Fiasco-valse" en raison de cette scène. Qu'en pensez-vous?

 

 

     Extrait, donc :

 

 

 

    " La salle est pleine à craquer. Deux mille  respirations

silencieuses soulèvent son   ventre, lui donnant vie.

    Notre musique circule le long des plinthes et des  cloisons

en marbre, frôle les mains courantes chromées, pénètre dans

les conduits auditifs, en ressort, revient pour repartir ensuite,

tel un flux nourricier dont se repaîssent les âmes. 

     Nous sommes en plein concert.

 

     L’épreuve sans filet tant préparée, tant attendue enfin

 finalisée, remplit de sensations aussi intimes  que fugaces,

les auditeurs et les exécutants. 

 

     Invisible, la musique est saisissable sans délai. Elle court et

n’attend pas.

     Ecouter de la musique revient à vivre pleinement l’instant présent.

     Un petit train défile avec ses wagons comptés et ne connaît

pas la marche arrière. Cette symbolique du temps qui

passe est une constante dans nos courtes vies humaines.

     En savourant le ballet des émotions vécues, ici et maintenant,

le temps ralentit sa course, freine, afin de répandre plus

largement ses saveurs appréciées.  Et si la motivation de vivre

intensément nos minutes les faisait durer ?

 

     La corde vibre sous mes doigts, le frottement de l’archet

fait parler la note. Ainsi, l’artiste modèle les sons. 

     Une réponse à un phrasé musical venu de l’autre côté de

l’orchestre dépasse le seuil matériel pour effleurer une autre

dimension.  La communion a lieu entre le compositeur de la

symphonie, les interprètes et le public qui s’y prête.

     Une valse entame son rythme à trois temps. Je sens qu’elle

m’accapare telle une possession. Mon violon se fait léger,

éthéré, de même que le public devient « fumée » jusqu’à

s’estomper dans le velours rouge des fauteuils.

     Seule, face à cette musique venue de l’évidence comme

si elle avait toujours existé, je ne vois rien sur la  scène

qui représente un obstacle à sa matérialisation chorégraphique.

    Les musiciens ont abandonné leur poste, laissant se

gérer seule cette valse autonome.

     Quand sont-ils sortis ? Comment ne les ai-je pas vus partir ?

 

     Je me lève à mon tour et pose délicatement mon

instrument sur ma chaise, bois contre bois. 

   L’énergie gagne mes ballerines noires, devenues

impatientes. Elles m’entraînent sans plus attendre dans

le mouvement de cette valse effrénée. Mes jeunes années de

danse classique offrent un reliquat de jetés, d’arabesques

et de déboulés tourbillonnant sur le devant de la scène,

lorsque brutalement tout réapparaît : l’orchestre, le chef,

le public et ma chaise vide sur laquelle gît mon violon.

 

     Dans ma conscience, la lumière s’est rallumée d’un

coup mesurant la dimension de ma transe.  Je réalise

soudain que je suis en train d’exécuter des pirouettes

devant un public concentré qui croit sans doute  que cette

surprise était prévue au programme. 

 

     Je ne dois pas cesser de  danser avant la fin de la musique !

     Les collègues me jettent des sourires par-dessus leur  

partition, le chef acquiesce de la tête et m’offre son regard

le plus complice. Vais-je me faire blâmer par mon

administration ? Tant pis  je danse,  je danse avec ma

robe virevoltante et mes cheveux qui voltigent autour de ma tête.

     L’accord final signe la fin de ma chorégraphie improvisée.

     La salle ainsi que mes collègues applaudissent à tout

rompre.  Le chef d’orchestre descend de son estrade et saisit

ma  main pour saluer. Je ne sais plus faire la révérence des

danseuses, j’ai oublié. Alors je penche mon dos, regard

tourné vers les chaussures, et salue comme une musicienne.

     Agnès se précipite vers moi, dans les coulisses. Son regard

ahuri en dit long sur ce qu’elle pense. Agnès réprouve tout ce

qui sort des rails de la discrétion et sa réprimande se

substitue à celle de mon administration qui, pour l’heure,

reste muette, se contentant de la reporter au lendemain : 

 

     - Madame, vous viendrez me voir demain, à quatorze

heures, dans mon bureau ! 

 

     - Oui, monsieur l’Administrateur général, c’est entendu. 

 

     Et voilà le travail ! Un léger stress s’insinue au

cœur de mon bel enthousiasme et passe en revue  les

risques encourus  lorsqu’un musicien…

 

     « …a  dansé sur scène durant un concert ! »

 

     Nos  « statuts des musiciens d’orchestre »  ne font pas

état de ce cas de figure. Il n’y a pas de jurisprudence,

d’une certaine  façon  j’innove.

     Dans  quel  registre  vais-je  être cataloguée ?

     Manquement aux devoirs de ses fonctions,  mauvaise

qualité du travail , absentéisme abusif, faute professionnelle  ? 

     Un blâme, un avertissement, une mise à pied temporaire,

un licenciement, une retenue de salaire :  autant de

perspectives se cachent dans le grand chapeau de mon

administrateur qui, demain,  choisira de sa main gantée

de blanc le numéro correspondant à mon châtiment. 

     D’ici là, les heures vont être longues…"

 

 

 

                                   * * *

 

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Published by Tosca Puccini - dans livre
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commentaires

Bénédicte 01/12/2011 20:11


Coucou c'est encore moi !!


Une dernière chose et après je te laisse tranquille.


Je vote pour: "SYMPHONIE DECONCERTANTE".


Bonne nuit !

Tosca Puccini 01/12/2011 20:34



Encore !!!...


Merci pour ton vote moi aussi je vote comme toi aux présidentielles !


Bisous


Annie



Bénédicte 01/12/2011 20:09


Tu appelles ca un extrait .....Moi je dirais presque un chapitre !!


J'en ai le souffle coupé !! Je suis sous le charme et il me tarde de découvrir ..... Un autre extrait !!!


Non je blague, de plus, je risque de m'attirer les foudres de Francois !! Il a déja fort à faire avec toi .... Qui n'écoute rien !! Ah les taureaux !


Plus sérieusement, pourrons nous le lire avant 2013 ?? A l'allure ou vont les choses, je me demande !!


Bon je te laisse, à défaut de lire ton livre, je vais lire celui d'un autre romancier. C'est bête, hein ! Mais il est tellement captivant !


Gros bisous


PS. Ne te réjouis pas trop pour le repas à la maison, tu risques d'être très très décue !!! MDR


 


 

Tosca Puccini 01/12/2011 20:33



Il va falloir patienter encore, comme je le fais aussi. 


Pour le repas du 10 j'espère bien que tu vas te "casser" au fourneau !


Allez, fais nous peur !  


J'apporte le dessert


Bisous


Annie



Nadine 30/11/2011 14:34


Quitte à me faire l'avocat du diable, M. Bagnaud, je tiens à plaider en faveur d'Annie, étant donné que je suis de celles qui ont demandé un extrait du futur livre. Elle a donc des circonstances
atténuantes car nous savons nous montrer persuasives, je vous assure !


Eh, Annie, entre nous, je suis scotchée ! C'est tellement bien décrit qu'on s'y croirait. Allez, je passe commande pour 12 livres, comme ça, j'en aurais peut-être 13 à la douzaine ?!...


A très bientôt dans notre chaumière.


 

Tosca Puccini 30/11/2011 18:58



Si c'est de huitres que tu veux pour Noël, je connais un endroit facile d'accès où on les pêche soi-même ! Elles sont délicieuses en plus ! Mais si tu veux connaître la perversité de mon héroïne,
alors il faudra encore attendre un peu.  


Merci de plaider ma cause auprès de François. Si l'extrait te plaît alors je suis contente : j'ai besoin d'avis extérieurs.


A très bientôt autour d'un petit repas super sympa que j'attends avec impatience.


Bisous 


Annie



François Bagnaud 28/11/2011 15:56


Alors, OK... si ce sont juste des "miettes", histoire d'entretenir le suspens... pourquoi pas ?
Et puis, c'est vous l'auteur, après tout (lol) !


Bisous.
François  

Tosca Puccini 30/11/2011 18:53



Merci chef !  Bon, je ne vais plus rien dévoiler à présent  et attendre sagement le feu vert de mon conseiller littéraire préféré. Mais c'est dur de faire patienter mes lecteurs et
lectrices. Le goéland leur avait plu, j'espère que mon héroïne ne les fera pas fuir devant sa perversité...


Plein de bises


Annie



François Bagnaud 27/11/2011 12:24


Ah ! mes auteurs sont "terribles". Ils mettent la charrue avant les boeufs et présentent un "produit" en cours de conception... Pas encore de rewriting ni d'éditeur ! Une photo comme à
l'échographie, en somme. 


En édition, on appelle cela "Les bonnes feuilles", mais on les publie uniquement au moment de la sortie du livre...


Mais bon, vous n'êtes pas la seule...
Hier, j'ai "enguelé" un de mes futurs auteurs qui me propose un livre avec des photos inédites d'une grande personnalité... Je lui dis OK, ça me plait comme projet et je vais m'en occuper. Et le
soir-même, il balançait une partie de ses photos (inédites) à tous ses contacts. Après, comment je fais pour proposer un livre avec des "inédits" à des éditeurs, si on les trouve déjà sur le
Net...
Tout cela pour vous dire que tous les auteurs, impatients de montrer leur oeuvre, font comme vous.


Mille bisous.

François 

Tosca Puccini 27/11/2011 22:52



Cher François, comprenez moi : je cède  devant la demande répétée de mes amis qui scandent " un extrait, un extrait !". Et puis il faut entretenir l'idée que mon livre sera bientôt un livre
réel, 


garder le sujet au chaud avant que plus personne n'y croie. C'est vrai qu'il tarde à venir alors ils s'impatientent. Quelques miettes pour les faire patienter ça ne fait de mal à personne ! Et
puis en mettant la page ici, j'ai apporté quelques modifications ( encore !!).


On ne change pas le genre humain, et puis je ne dévoile rien avec ces deux extraits n'est ce pas ?


Bisous penauds


Annie



Marie 26/11/2011 22:47


Superbe histoire il me tarde de lire ton livre !!!! Bisous bon dimanche Annie

Tosca Puccini 27/11/2011 22:35



Merci. j'espère qu'on pourra le toucher assez vite ce futur livre. Je suis en attente moi aussi. 


Bisous


Annie



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